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Au lendemain de l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République, TF1 et France 3 rivalisaient de documentaires consacrés au nouveau Président.

Je me branchais sur la 3 pour suivre le premier film, sobrement intitulé « Ainsi soit Macron », et découvrais avec stupeur des images de Macron et sa famille dans leur jardin du Touquet à la chasse aux œufs de Pâques, Macron adolescent sur les planches d’un théâtre, Macron en plein discours lors de son mariage.

Alors, la communication à la Sarko, la peoplisation de la vie politique est-elle de retour ?

Responsabilité politique

La trêve sous le quinquennat Hollande nous paraît désormais de bien courte durée. Avec si peu de recul je pense déjà avec nostalgie à la conduite exemplaire du Président Hollande, une conduite qui se devait être « normale » et qui reste pourtant l’exception…

Bien sûr, il a eu droit à sa part de buzz et l’on se souvient de l’amant qui allait chercher les croissants en scooter. Mais doit-on juger sa vie personnelle ? C’est indéniable, pour un bon nombre de puritains de ce pays ; et il leur faut alors blâmer cette conduite amorale, au même titre que la double vie de François Mitterrand à l’époque. Cette morale chrétienne n’a pourtant rien à faire ici, dans ce pays laïc où chacun est libre de ses opinions et de sa conduite tant qu’elle ne heurte pas les principes de notre République (il est clair qu’à l’heure actuelle, la polygamie n’est pas reconnue en France). Alors foutons-lui la paix ! Car contrairement à Monsieur Sarkozy ou Monsieur Macron, Monsieur Hollande n’a jamais cautionné que soit divulgué ainsi sa vie privée.

Alors la faute à qui ?

Responsabilité médiatique

Dans le cas présent, aux médias, très certainement.

D’abord à la presse people, évidemment, qui considère que le statut de personne publique du Président autorise ses pseudo-journalistes à déballer sa vie privée au grand jour. « Les Français ont le droit de savoir », approuvent les médias britanniques. Ah bon ? Vraiment ? Il me semblait pourtant que la France avait une autre conception de la vie publique. Mais finalement, peut-être pas tant que ça… ou plus tant que ça.

Car une fois l’affaire déballée, il fallait bien que les médias traditionnels s’en emparent. Comprenez-les, ils ne pouvaient bien évidemment pas cacher une affaire ainsi répandue sur internet.  Mais alors qu’ils assument leur part de responsabilité dans la peoplisation de la vie politique, car ils sont les grands acteurs du niveau zéro de l’information.

On le voit, le couple pouvoir / média est encore une fois à la source d’un phénomène détestable de notre Vème République, l’adoration d’un seul homme providentiel et en même temps si proche du peuple (regardez, il mange comme nous, il parle comme nous, il rit comme nous). La politique ne devrait-elle pas au contraire s’éloigner de ces parasitages pour se recentrer sur des sujets fondamentaux de la chose publique ? Au risque peut-être à court terme de perdre une partie de son audience… Mais la responsabilité du zappeur de la télévision et son rôle dans la société constitue encore un tout autre – et non moins vaste sujet…