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Au moment où Cannes faisait son cinéma, je suis allée voir un film qui n’était pas présent sur la croisette et qui est pourtant sur ma top liste des sorties de cette année : « A mon âge je me cache encore pour fumer ».

Zoom cinématographique sur la femme, cette espèce si fragile.

« A mon âge je me cache encore pour fumer » est un film algérien tiré de la pièce de théâtre éponyme, tous les deux écrits et réalisés par Rayhana Obermeyer. Ce huit clos dresse un portrait inconcevable et pourtant ordinaire d’une société algérienne dans laquelle a vécu la réalisatrice avant de s’exiler en France. Il entraîne le spectateur dans un tourbillon émotionnel pendant 1h30, passant du rire aux larmes, des frissons aux éclats de rire, de la tendresse à l’effroi. Le film m’a tellement secouée que je suis sortie de la salle engourdie et incapable de parler.

L’histoire se déroule dans un hammam et dépeint un tableau des femmes algériennes dans les années 1990, période de guerre civile opposant le gouvernement au Groupe Islamique Armé. On y découvre des femmes musulmanes à une époque et dans un lieu où leur intégrité est fragilisée et menacée, mais surtout des femmes nues, au sens propre comme au figuré.

Dans ce hammam, elles dévoilent leur vraie nature, à l’abri des regards des hommes, des contraintes et des codes que leur impose la société. A âges, situations, statuts et parcours différents, elles nous livrent chacune leur histoire, souvent dure et cruelle. Racontés sur le ton de la légèreté et de l’humour, ces drames subliment la force et la dignité de ces femmes au quotidien, et nous rappellent une vérité souvent délaissée : la condition féminine reste effrayante dans une grande partie du monde.

Tous les pays du monde n’évoluent pas à la même vitesse.

Plus que d’évolution, on pourrait même parler de progression. Car le développement économique est généralement corrélé à une amélioration des rapports humains et des règles qui régissent les sociétés.

En effet, qu’est-ce que le progrès humain si ce n’est d’abord la capacité à baser les rapports humains sur la raison et non plus sur la force ? Dans les sociétés les moins évoluées la loi du plus fort règne. C’est la loi, bien souvent, qui vient réguler des rapports humains déséquilibrés. La loi est venue rétablir des rapports équitables entre les hommes entre eux, et assure globalement une protection pour les enfants.

Mais la grande perdante ces évolution est la femme. Plus faible physiquement que l’homme, elle n’est pas son égal. Dépourvue de l’innocence de l’enfant, elle n’est pas protégée comme lui. Et ainsi, les rapports entre les hommes et les femmes sont aujourd’hui encore trop régis par les rapports de force et donc la domination sexuelle de l’homme.

La femme, cet objet sexuel

Sujet évoqué dans le film, cet acte courant du Moyen-Âge en France est une réalité contemporaine au bled. Dès qu’elle est en âge de procréer, la petite fille devient mère potentielle et doit jouer son rôle pour perpétrer l’espèce humaine. Pas de quartier pour l’ex petite fille lorsqu’elle passe sa première nuit de noces et peu importe son âge, 13 ans, 12 ans, parfois 11… Malheur à elle, lorsqu’elle n’est pas mariée à l’âge où elle est la plus féconde, et plus elle avance dans l’âge, plus elle est reléguée à un simple objet sexuel, et le viol dans le couple est monnaie courante.

La femme soumise à son mari

Ainsi, parce qu’elle est un objet sexuel, la femme doit faire attention à ne pas tenter ou susciter le désir des autres hommes – entendez cacher tout ce qui révèle sa féminité. Elle doit honorer son mari, lui dérouler le tapis rouge, c’est-à-dire le nourrir, entretenir la maison, élever les enfants, et parfois même, lorsque cela ne suffit pas, et lorsque Monsieur l’aura décidé, travailler pour apporter de l’argent au ménage. Quelle corvée, quelle injustice !

La condition de la femme dans le catholicisme d’hier se retrouve dans l’islam d’aujourd’hui.

Même en France, le féminisme n’est pas une cause morte !